L’art de Boncompain fort et racé ne s’abandonne jamais. Seul le passionne le dessin qui évoque et résume en spiritualisant. Son trait est tracé, sa couleur choisie avec un goût très sûr, sa technique est ferme mais retenue, comme ses sujets.
Le dessin est pour Boncompain une écriture. Une émotion profonde, grave et sage est liée à cette volonté visuelle de traduire la beauté simple de la femme, d’une nature morte ou d’un champ de lavandes.
Hugues de la Touche
Conservateur des Musées de Menton
La conquête d’un monde immobile
Il règne dans l’œuvre de Pierre Boncompain un silence que d’instinct nous respectons. On ne parle pas devant ses tableaux, toute l’attention retenue par cette paix qui la baigne, ce désir d’Été, ces bleux obsédants, ces ocres et ces jaunes de Provence, cette fête de lumière, de goût, de discrétion. En vain chercherait-on une emphase quelconque, une distorsion. La réalité est belle, pourquoi la trahir ? Il est plus simple -et infiniment plus difficile- d’accueillir ses bonheurs d’expression quand ils se présentent. Il me semble que c’est ce que Pierre Boncompain a réussi. Si je devais le définir, je dirais que c’est un artiste transparent.
Il y a dans l’art de Boncompain, une sorte de mystère qui plane et qui impose le silence de la vie. On retient son souffle de peur de réveiller la femme endormie, lovée sur elle-même, de déclencher l’orage qui menace les Alpilles, d’écrouler la pyramide de fruits dans le compotier, de briser le cours d’une pensée secrète. On a beau chercher la clé de cet univers si poétique, on ne la trouve pas, et c’est probablement parce qu’il n’y en a pas et que Boncompain, en fier provençal, obéit à sa seule jouissance.
Au milieu des objets, en compagnie des femmes, face au paysage, il est comme un satrape esthète : gourmand et raffiné, distant et proche. Il raconte une histoire dont on ne connaîtra jamais la fin. Les pendules se sont arrêtées...
D’autres toiles, un jour peut-être, diront la suite, mais le peintre ne presse jamais son pas. Sa démarche est la longue conquête d’un monde immobile, au souffle de vie à peine perceptible.